Débarqué

Le dimanche commençait en roue libre. Pas de hâte, pas d'horaires à respecter. Il feuilletait son journal. Écoutait la radio. Chansons à la demande. Fréhel, « la reine des Apaches », interprétait Le fils de la femme poisson et Lucienne Delyle faisait pleurer tout le monde avec Les Roses blanches. Il écoutait d'une oreille distraite. Se resservait en café. Avait à cœur de mettre ce jour de repos à profit et de le partager avec nous, tout au moins jusqu'en fin d'après-midi. Dans la soirée, l'approche du début de semaine, et son cortège de tracas, de kilomètres à parcourir par tous les temps et de jours vécus loin de sa famille, commençait à occuper ses pensées et c'en était fini de sa bonne humeur.
S'il ne pleuvait pas, et s'il n'avait pas reçu la visite de son cousin la veille, il nous invitait à prendre l'air. Nous répétions souvent les mêmes promenades. Dès 14 heures, nous fermions la porte de la maison. La ville était déserte. Il fallait moins de cinq minutes pour la quitter. On passait devant le cinéma. On entendait une musique endiablée, des cris d'indiens, des chevaux au galop et des coups de fusil à l'intérieur. La rue se rétrécissait, devenait route étroite puis se transformait, au fur et à mesure que nous descendions dans la vallée, en simple chemin creux. Le landau dans lequel dormait mon frère Hugues, et que poussait ma mère, cahotait en glissant dans les ornières. On atteignait rapidement le moulin. On s'y arrêtait pour profiter des remous de la rivière et du tumulte du déversoir qui propulsait avec fracas ses gerbes étincelantes sur les pierres. Celles-ci grondaient en répercutant un son de cascade.  (extrait)

Jacques Josse : Débarqué, La Contre Allée
Lire aussi : à propos de Débarqué

Présentation du livre sur le site de La Contre Allée.

Note de lecture de Denis Heudré sur Unidivers
Note de lecture d'Adrien Meignan sur Addict-Culture
Note de lecture de Delphine Blanchard sur Benzine Mag

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire